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********* Elle conte pour nous  MELANCOLIE *********
**** NOUVELLE COLLECTION CHEZ MARJORIE DECORATION ****
« Des
laboratoires manipulent les analyses sur la qualité du
lait »
Par
Michèle
Muret (9
octobre 2009)
Michèle Muret a
travaillé pendant huit ans pour le ministère de l’Agriculture, en tant que
contractuel, et a notamment dirigé un centre de formation et une exploitation
d’un lycée agricole. Elle critique aujourd’hui un système où quasiment tous les
pouvoirs de contrôle sont aux mains de l’industrie laitière. Elle a voulu
dénoncer certaines malversations des laboratoires d’analyses, liés aux grands
groupes laitiers, qui fixent le prix du lait selon sa qualité. Elle n’a pas
hésité à procéder elle-même à des analyses parallèles sur certains échantillons
pour vérifier la véracité des résultats affichés par les labos. Cela lui a valu
d’être licenciée cet été par son administration. En période de crise du lait, le
témoignage de cette "désobéissante" du ministère de l’Agriculture est éclairant.
Et alarmant.

« Alors que le
gouvernement tente de cristalliser l’attention du public et des agriculteurs sur
le prix du lait au mille litres, des manœuvres plus sournoises se cachent
derrière la crise laitière, nuisant en toute impunité aux agriculteurs et aux
consommateurs.
Aujourd’hui le prix
du lait payé au producteur dépend en partie de sa qualité. Le lait est constitué
de matières grasses (MG) et de matières protéiques (MP). Il doit correspondre à
certains critères bactériologiques et sanitaires (nombre de germes…). Le prix du
lait moyen est établi sur la base du « lait standard 38
MG/32MP » [1]. Le prix perçu peut donc être
majoré de quelques euros par tonne, par gramme de MG ou MP supplémentaire. Plus
un lait est destiné à des fabrications à forte valeur ajoutée, plus il est payé
cher. En théorie.
Le rapport entre
producteurs et acheteurs est disproportionné. Il peut aller jusqu’à un acheteur
pour 10 000 producteurs. Ce déséquilibre ne s’arrête pas là, et ne suffit pas à
expliquer le système de soumission imposé aux producteurs.
« La
facture est rédigée par l’industriel. En d’autres termes, le vendeur reçoit une
facture établie par l’acheteur ! »
La collecte a lieu
une fois tous les deux jours. L’industriel vient « relever » les
« tanks » réfrigérés qu’il met à la disposition de l’éleveur. Il est
seul responsable du contrôle de la sonde qui sert à mesurer la quantité de lait,
via l’unique société qui a cet agrément en France. Cela fait déjà beaucoup de
responsabilités dans peu de « mains », avec peu, voire aucune,
transparence.
Encore une
particularité de la filière : les coopératives de collecte, qui
appartiennent quasiment toutes aux industriels, effectuent un échantillonnage du
lait - qui va servir au paiement des producteurs - « à l’aveugle ». Le
producteur n’est pas averti du jour ou le prélèvement est effectué par le
chauffeur. Ce protocole de prélèvement a été décidé par une commission
« scientifique et technique » composée de douze membres, dont les
industriels, les coopératives de collectes, l’INRA et l’Etat. Sur douze sièges,
un seul est attribué aux producteurs, via
En France, ces mêmes
coopératives ont leur propre laboratoire « agréé » et donc effectuent
aussi les analyses, qui vont servir au paiement du lait ! Mieux : la
facture est rédigée par l’industriel. En d’autres termes, le vendeur reçoit une
facture établie par l’acheteur !
Fraude
sur la qualité du lait
Les éleveurs doivent
vendre leur lait, qui ne se conserve pas. Et dans les faits, tous les acheteurs
de lait se connaissent. S’ils sont concurrents, ils sont aussi soudés par une
solidarité de métier. L’hypothèse peut être émise de « listes noires »
contre des producteurs jugés indélicats. Certains producteurs voient du jour au
lendemain leurs analyses laitières changer et leur taux de germes exploser, ce
qui permet au bout de trois analyses à la coopérative de ne plus
collecter !
Cette pratique de
"mouillage" dans la fabrication du lait est admise par la charte de l’Institut
professionnel du lait de consommation (industriels). Mais cette charte n’a pas
reçu l’aval de l’administration, souligne
La
puissance des industriels
Directrice d’une
exploitation laitière pour le ministère de l’Agriculture, j’ai remarqué des
« anomalies » dans les factures sur les taux de matières grasses et
protéiques. Après avoir fait différents tests et échantillonnages avec d’autres
laboratoires, il s’est avéré que des manipulations des résultats d’analyses
servant au paiement des producteurs avaient lieu dans les laboratoires
d’analyses inter-régionaux.
Sommée par le
ministère de ne pas me mêler de cette affaire et d’arrêter là mes
investigations, j’ai eu la surprise de recevoir dans mon bureau des
fonctionnaires des renseignements généraux. Refusant, à la demande de certains
agriculteurs, de laisser tomber cette affaire, j’ai eu la surprise de constater
un matin que la serrure de mon bureau était changé et
qu’un nouveau directeur était en place ! Après des menaces (d’envoyés de la
coopérative appartenant à l’entreprise Sodiaal) et des
coups de téléphone de supérieurs, je commençais alors à subir les foudres de
l’administration, qui m’a licenciée sans bruit.
Après un an de
pressions, pendant lequel on m’a coupé les « vivres » et empêché
d’effectuer toute reconversion professionnelle, je peux dire que la lutte n’est
pas vaine parce qu’ils ont fait de moi une révoltée. J’espère que ce témoignage
servira à tous les fonctionnaires qui ont connaissance de malversations et qui
ont peur de les dénoncer. Des réseaux de soutien existent. Je pense que depuis
plusieurs mois les désobeissants commencent à avoir de
l’expérience. Il ne faut pas baisser les bras.
J’invite tous les
consommateurs à boycotter les grandes surfaces et à acheter en direct au
producteur ou via les AMAP (Association pour le
maintien de l’agriculture paysanne) et autres circuits courts. Le
pouvoir et la résistance commencent par là. »
Michèle
Muret
Notes
[1] En France, le lait
« standard » est défini par une proportion de
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